

Psychologie de l'investisseur : attention aux biais !



Vous avez déjà acheté des actions la veille d’une chute vertigineuse ? Ou vendu en étant en forte perte ? Autant de décisions parfaitement illogiques qui semblaient pourtant inévitables sur le moment. Analyse.
En tant qu’investisseur, nous essayons tous de prendre des décisions rationnelles. De nombreux biais cognitifs nous en empêchent et nous font fréquemment prendre des mauvaises décisions. La science qui étudie ces biais s'appelle la finance comportementale. Il est important de les comprendre avant d'investir en bourse. Passage en revue des plus connus, et comment les contrecarrer.
Le biais de confirmation
On commence par un grand classique de la psychologie des investisseurs: il consiste à ne traiter que les informations qui nous arrangent.

A titre d'exemple illustratif (et non de recommandation), un investisseur enthousiasmé par une valeur comme Tesla, je vais avoir tendance à ne regarder que les bons aspects: la courbe alléchante, les chiffres de ventes positifs, un futur prometteur,... en oubliant ou ignorant de regarder les risques : une valorisation énorme par rapport aux revenus, une concurrence grandissante, des problèmes de qualité des finitions, un leader visionnaire et charismatique mais solitaire, représentant un gros SPOF (Single Point Of Failure),...
Comment l’éviter: il faut rester pragmatique et ne pas se laisser emporter par ses émotions. Le plus simple, c’est d’avoir un modèle d’analyse qui aide à la prise de décisions. Si vos hypothèses sont raisonnables, le modèle ne vous mentira pas.
L’effet de groupe

Il est tentant de se laisser convaincre par l’avis partagé par un grand nombre de personnes, même si celles-ci ne sont absolument pas compétentes sur le sujet. Les mouvements de masse qui s'ensuivent peuvent créer des sur-réactions du marché, à la hausse comme à la baisse. Il suffit de regarder la quantité de clients Robinhood (app de trading US) ayant acheté des actions Hertz, principalement des investisseurs débutants partageant sur Twitter leur conviction de “buy the dip”. Hertz étant une compagnie en faillite, la suite a été moins joyeuse pour nos investisseurs néophytes. Ce phénomène est l'ennemi d'une bonne gestion de patrimoine.
Sur-réaction et sous-réaction
Une réaction disproportionnée à un événement survient lorsque l’investisseur réagit à une nouvelle de façon plus importante que son impact réel. Lorsque le marché est haussier, l'investisseur peut rester optimiste longtemps. À l'inverse, lorsqu'il est baissier, le pessimisme peut durer plus longtemps que nécessaire. Lorsqu'une majorité d'investisseurs est biaisée de la sorte, on peut assister à un envol ou une chute brutale du marché totalement décorrélées de la réalité. Ces mouvements sont particulièrement marqués sur les actifs numériques (DeFi, Bitcoin), qui présentent une volatilité et un risque de perte élevés.
La mémoire sélective
Nous avons tous une mémoire plus ou moins sélective. Lorsque l’on investi, une mémoire trop sélective peut nous coûter très cher. En effet, nous pouvons avoir tendance à ne retenir que nos meilleurs investissements et oublier nos erreurs, pour des raisons d’égo ou de reconnaissance sociale. Ce comportement empêche d’apprendre de ses erreurs et peut vous amener à les reproduire sans cesse.
Comment l’éviter : développer son humilité et avoir un processus rigoureux de suivi est la clé. À chaque transaction, notez les détails dans un fichier de suivi et ajoutez un commentaire expliquant pourquoi vous achetez ou avez vendu et ce que vous pourriez mieux faire la prochaine fois.
Le piège des pertes irrécupérables et l’erreur du parieur

Avoir l’humilité d’accepter les erreurs ou l’échec est une qualité indispensable.
Ne pas oser encaisser une perte est très dangereux car cela peut mener à une situation de déni. Ne pas vendre une action lorsqu’on est largement perdante et repousser l’échéance ne fera qu’amplifier les pertes. Cela peut être empiré par l’erreur du parieur, où l’investisseur pensera que si un événement se produit de nombreuses fois d’affilée (ici en l'occurrence la baisse de son investissement), l’événement inverse finira par se produire suffisamment pour compenser. Il est plus sage d’accepter d’avoir fait une erreur ou simplement de ne pas avoir eu les éléments en sa faveur, de couper sa perte et de passer à autre chose.
Le piège de l’exubérance irrationnelle
À placer lors du prochain dîner en ville: l’exubérance irrationnelle est simplement le rappel que l’histoire ne peut pas être utilisée pour prédire le futur avec certitude. Les spéculateurs se basent sur l’analyse graphique et les tendances historiques pour tenter de prévoir les mouvements futurs. Or dans l’économie à l’échelle de nos vies, l’histoire ne se répète pas. Le monde change. Les évènements économiques surviennent dans un contexte bien précis. Qui aurait pu prédire que la crise du COVID génèrerait à court terme un marché haussier de plusieurs mois, stimulé par les banques centrales?

L’exubérance irrationnelle survient lorsque suffisamment d'investisseurs sur-confiants investissent en même temps, provoquant une montée artificielle du marché qui terminera inévitablement par une correction. Elles mènent toutes à des bulles: tulipes (17ème siècle), grand dépression (1929), internet/dotcom (2000), immobilier américaine (2008). A quand la prochaine ?
En bref
Avoir en tête ces principaux pièges permet d’être plus pragmatique face à ses émotions et biais. Pour investir avec rigueur, une checklist peut être une bonne solution, en listant les éléments critiques à vérifier avant chaque prise de position. Vous vous assurerez ainsi que vous avez investi à tête reposée dans un actif qui correspond à vos objectifs et valeurs.
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