

Frais banque privée et CGP : la méthode pour comparer



Mis à jour le 1er octobre 2026.
Deux documents sur la table d'un dirigeant qui vient de céder sa société. À gauche, une banque privée : « 0,9 % de frais de gestion ». À droite, un cabinet de conseil en gestion de patrimoine : « 1,1 % de mandat ». Trois ans plus tard, c'est le 0,9 % qui aura coûté le plus cher : son taux n'englobait ni les frais d'entrée ni les droits de garde, et l'allocation placée derrière reposait sur des fonds plus chargés. Comparer les frais d'une banque privée et ceux d'un CGP suppose donc de ramener les deux grilles au même objet facturé, puis à un coût total annuel unique.
- Un taux affiché ne se compare pas : il faut d'abord savoir quel périmètre de service et quels supports il couvre.
- Huit postes doivent être isolés séparément : entrée, enveloppe, mandat ou conseil, droits de garde, arbitrage, transaction et courtage, fonds sous-jacents, surperformance.
- Les rétrocessions changent qui paie quoi, et déplacent la rémunération du client vers le producteur du fonds.
- Le seul chiffre réellement comparable est le coût total annuel exprimé en pourcentage des encours, tous postes inclus, sur un horizon de détention explicite.
- Le statut réglementaire de l'interlocuteur détermine s'il peut percevoir des rétrocessions et comment il doit les déclarer.
Si vous avez deux propositions en main, vous êtes devant le même piège. Il n'est pas qu'un acteur soit plus cher que l'autre : c'est que les deux taux affichés ne portent pas sur le même contenu, et qu'aucun des deux ne contient l'essentiel de la facture.
Pourquoi les frais d'une banque privée et d'un CGP ne se comparent pas directement ?
Parce que les deux ne facturent pas le même objet. La banque privée facture le plus souvent un accès à une plateforme et à ses produits, le conseiller en gestion de patrimoine facture le plus souvent une prestation de conseil, et le périmètre inclus diffère sur chaque ligne.
La conséquence est mécanique. Un taux de mandat plus élevé peut recouvrir un périmètre plus large et produire une facture totale plus basse. Un taux d'apparence modeste peut n'être que la première couche d'un empilement.
Trois asymétries rendent la comparaison directe trompeuse :
- L'objet facturé. Un pourcentage sur encours, des honoraires au forfait, ou une facturation à l'acte ne mesurent pas la même chose et ne se soustraient pas l'un de l'autre.
- Le périmètre inclus. L'ingénierie juridique, la coordination avec le notaire, le reporting consolidé et l'accès à certains supports sont parfois compris, parfois facturés en sus.
- Le point de perception. Une partie de la rémunération peut être prélevée sur le produit et non sur le compte, donc ne jamais apparaître sur un relevé de frais.
C'est ce dernier point qui explique la plupart des mauvaises surprises. Le montant que vous voyez n'est pas le montant que vous payez, non par dissimulation, mais parce que les deux circuits de perception sont distincts.

Quels frais faut-il comparer, poste par poste ?
Huit postes, et ils doivent être demandés séparément. Un interlocuteur qui les agrège en un seul chiffre empêche la comparaison, ce qui est en soi une information.
Ce découpage n'est pas une convention maison. L'AMF publie une terminologie des coûts et frais à utiliser pour l'information des clients non professionnels, précisément pour que les mêmes mots désignent les mêmes lignes d'une proposition à l'autre. Vous pouvez la demander comme référence commune.
| Poste | Ce qu'il rémunère | Question à poser |
|---|---|---|
| Frais d'entrée | La souscription initiale | Sur quelle assiette s'appliquent-ils, et sont-ils négociables ou dégressifs ? |
| Frais d'enveloppe | Le contrat qui héberge les actifs | Sont-ils prélevés sur l'encours total ou par support ? |
| Mandat ou conseil | La prestation d'allocation et de suivi | Quel périmètre exact est inclus, et qu'est-ce qui est facturé en sus ? |
| Droits de garde | La conservation des titres | S'appliquent-ils à tous les supports ou seulement aux titres vifs ? |
| Frais d'arbitrage | Les mouvements entre supports | Sont-ils facturés à l'acte, forfaitairement, ou inclus dans le mandat ? |
| Frais de transaction et de courtage | L'exécution des ordres | S'appliquent-ils aux seuls titres vifs, et avec quel minimum de perception ? |
| Fonds sous-jacents | La gestion interne de chaque fonds détenu | Quel est le frais courant moyen pondéré du portefeuille proposé ? |
| Commission de surperformance | Le dépassement d'un seuil de référence | Quel indice de référence, et avec quel mécanisme de rattrapage des pertes ? |
Les ordres de grandeur de chacun de ces postes, ainsi que le coût observé chez chaque type d'acteur, sont détaillés dans notre article sur le coût réel d'un gestionnaire de patrimoine. Le présent article porte sur la méthode de mise en regard, pas sur les montants.
Deux postes méritent une vigilance particulière, parce qu'ils sont les plus variables d'une proposition à l'autre. Le frais courant des fonds sous-jacents varie fortement selon que l'allocation privilégie des supports indiciels ou de la gestion active. Et la commission de surperformance n'a de sens qu'avec son indice de référence : la même formule appliquée à deux références différentes ne produit pas la même facture.
Sur les enveloppes, la mécanique des frais d'assurance-vie et le choix entre gestion libre et gestion profilée déplacent à eux seuls plusieurs postes du tableau.
Comment ramener deux propositions à un seul chiffre comparable ?
En calculant le coût total annuel de détention, exprimé en pourcentage des encours, tous postes additionnés sur la base de l'allocation réellement proposée. C'est le seul chiffre qui autorise une comparaison.
La méthode tient en quatre étapes, et elle demande des données que votre interlocuteur détient toutes :
Demandez l'allocation cible détaillée, support par support, avec le poids de chacun. Sans elle, le frais des fonds sous-jacents est incalculable.
Calculez le frais courant moyen pondéré de cette allocation, en pondérant le frais de chaque support par son poids. Ce frais courant figure dans le Document d'Informations Clés de chaque support, que le distributeur doit vous remettre.
Ramenez les sept autres postes à la même base, c'est-à-dire à un pourcentage de l'encours total, avant de les additionner. Un frais prélevé support par support se repondère par le poids du support concerné. Des droits de garde assortis d'un minimum de perception se retraitent sur le montant réellement facturé, et non sur le seul taux affiché. Un frais facturé à l'acte, arbitrage ou courtage, se rapporte au nombre d'opérations prévues sur l'année.
Exprimez le total en pourcentage des encours, puis, si les deux propositions ne visent pas la même allocation, refaites le calcul de chacune sur une allocation identique.
La quatrième étape est celle qu'on saute, et c'est celle qui fausse tout. Comparer deux coûts totaux calculés sur deux allocations différentes revient à comparer deux paniers de courses différents : l'écart mesuré vient autant du contenu que du prix. Recalculer sur une allocation identique neutralise cet effet de composition, mais efface aussi ce que chaque acteur propose comme allocation, qui fait partie de la prestation achetée : les deux lectures sont à mener, pas l'une à la place de l'autre.
L'horizon compte autant que l'assiette. Un frais d'entrée se prélève une fois et s'amortit sur la durée de détention : le même pourcentage ne produit pas le même coût annuel selon que la détention dure trois ans ou dix ans. Le coût total annuel se calcule donc sur un horizon de détention explicite, identique pour les deux propositions.
Qui touche les rétrocessions, et pourquoi cela change le conseil ?
La rétrocession est la part des frais d'un fonds que son producteur reverse à celui qui l'a placé. Elle ne modifie pas le coût total supporté par le client, elle modifie qui est payé pour quoi.
C'est le concept le plus utile de toute la comparaison, et le plus rarement posé sur la table. Deux propositions au même coût total peuvent reposer sur deux modèles économiques opposés :
- Un modèle rémunéré par le client. Des honoraires explicites, et des supports choisis sans que leur niveau de rétrocession n'entre en jeu.
- Un modèle rémunéré par le producteur. Une facturation apparente plus faible, mais une rémunération qui dépend des supports retenus.
Le second n'est ni illégal ni nécessairement défavorable. Il crée simplement une convergence d'intérêts à surveiller, puisque le support le plus rémunérateur pour l'intermédiaire n'est pas forcément le plus adapté au client. La question à poser est directe : quelle part de votre rémunération provient des supports que vous me proposez ?
Cette question n'est pas théorique, et l'AMF en donne la mesure. Selon ses chiffres clés des conseillers en investissements financiers pour 2024, les conseillers non indépendants représentent 81 % des inscrits au registre des CIF. Ce chiffre décrit la seule population des conseillers en investissements financiers, et non l'ensemble des acteurs du conseil patrimonial, dont beaucoup exercent aussi sous un statut de courtier en assurance ou d'entreprise d'investissement. Sur ce périmètre, le régulateur relève que la rémunération reste largement dominée par les rétrocessions, qu'elles portent sur les droits d'entrée ou sur les frais de gestion, complétées par une part minoritaire d'honoraires facturés directement aux clients.
Autrement dit, le modèle rémunéré par le producteur est le modèle majoritaire du marché, et non l'exception. Ce n'est pas une raison de l'écarter, c'est une raison de poser la question systématiquement.
Ce que le statut réglementaire change sur la facture
Le statut de l'interlocuteur détermine ce qu'il peut percevoir et ce qu'il doit vous déclarer. C'est une information tarifaire, pas seulement juridique.
Un conseiller peut exercer sous différents statuts réglementés, notamment celui de conseiller en investissements financiers, celui de courtier en assurance, ou celui d'entreprise d'investissement. Chacun impose ses propres obligations d'information sur les rémunérations perçues, et notamment sur le caractère indépendant ou non du conseil fourni.
Un conseil présenté comme indépendant au sens de la réglementation ne peut pas être financé par des rétrocessions conservées. Un conseil non indépendant peut l'être, à condition de le déclarer. La distinction n'est pas cosmétique : elle vous dit d'où vient l'argent qui paie votre interlocuteur, et c'est exactement ce que la comparaison des taux affichés ne vous dit pas.
Trois documents se demandent donc systématiquement : le document d'entrée en relation, qui précise le statut et les modes de rémunération ; l'information sur les coûts et charges remise avant la fourniture du service ; et le Document d'Informations Clés de chaque support proposé. Leur absence est en soi un signal. Pour situer les rôles et les périmètres derrière ces statuts, notre guide de la gestion de patrimoine et notre article sur le métier de conseiller en gestion de patrimoine posent le cadre.
Comment Finary One compare deux propositions
Le taux affiché est une donnée. Le coût total sur l'allocation réelle est la seule qui décide.
Un Wealth Advisor Finary One reprend les propositions que vous avez en main, isole les huit postes, recalcule le frais courant pondéré sur l'allocation proposée, et ramène chaque offre au même dénominateur. Le travail porte aussi sur le choix de l'enveloppe fiscale, qui déplace plusieurs postes du tableau avant même qu'on parle de gestion.
Finary One fait du conseil en investissement personnalisé non indépendant, et l'indique. C'est précisément le type d'information que la méthode ci-dessus vous invite à demander à tout interlocuteur. L'offre Finary One s'adresse à des patrimoines où l'écart se chiffre vite : sur 500 000 €, un demi-point d'écart représente 2 500 € par an, soit 25 000 € sur dix ans à encours constant.

Questions fréquentes
Quels frais faut-il comparer entre une banque privée et un CGP ?
Huit postes doivent être isolés séparément : les frais d'entrée, les frais d'enveloppe, le mandat ou le conseil, les droits de garde, les frais d'arbitrage, les frais de transaction et de courtage, le frais courant des fonds sous-jacents et la commission de surperformance. Comparer les taux de mandat seuls omet la part la plus variable de la facture.
Pourquoi deux taux affichés ne sont-ils pas comparables ?
Parce que les deux acteurs ne facturent pas le même objet ni le même périmètre. Un taux de mandat peut recouvrir un service large ou étroit, et une partie de la rémunération peut être prélevée sur les produits plutôt que sur le compte, donc rester invisible sur un relevé de frais.
Qu'est-ce qu'une rétrocession et qui la perçoit ?
C'est la part des frais d'un fonds que son producteur reverse à l'intermédiaire qui l'a placé. Elle ne change pas le coût total supporté par le client, mais elle détermine qui rémunère le conseiller, ce qui peut influencer le choix des supports proposés.
Comment obtenir un chiffre de frais réellement comparable ?
Demandez l'allocation cible détaillée, calculez le frais courant moyen pondéré de cette allocation, ramenez les autres postes à un pourcentage de l'encours total, puis exprimez le total sur un horizon de détention explicite. Recalculez ensuite chaque proposition sur une allocation identique pour neutraliser l'effet de composition.
Le statut du conseiller change-t-il le niveau de frais ?
Il change surtout ce que le conseiller peut percevoir et doit déclarer. Un conseil qualifié d'indépendant au sens de la réglementation ne peut être financé par des rétrocessions conservées, alors qu'un conseil non indépendant peut l'être en le déclarant.
Sources
Avertissements réglementaires :
Communication à caractère promotionnel. L'investissement comporte un risque de perte en capital, partielle ou totale. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a un caractère informatif et pédagogique ; il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d'achat ou de vente, ni un conseil fiscal.
Avant tout investissement, consultez le Document d'Informations Clés (DIC) et, le cas échéant, un conseiller habilité.
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